Architecte de commerce : aménager un local recevant du public
Sommaire
- Quelle autorisation pour aménager un commerce
- Le calendrier réel, du bail à l'ouverture
- Calculer l'effectif : le point qui décide de tout
- Dégagements, largeurs et unités de passage
- Exploiter un sous-sol recevant du public
- Modifier la devanture : deux dossiers, pas un
- L'accessibilité dans un local existant
- Cas pratique · un salon de 200 m² à Paris 6e
- Repères réglementaires
- À retenir
Aménager un commerce, c'est intervenir sur un établissement recevant du public. Les travaux supposent une autorisation de travaux déposée en mairie, instruite en quatre mois au titre de la sécurité incendie et de l'accessibilité. Modifier la devanture ajoute une déclaration préalable, qui est une décision distincte. Le calcul de l'effectif admissible commande tout le reste : la catégorie de l'établissement, le nombre de dégagements et leur largeur.
Quelle autorisation pour aménager un commerce ?
Un commerce reçoit de la clientèle : il est un établissement recevant du public, quelle que soit sa surface. Toute création, tout aménagement et toute modification d'un tel local sont soumis à une autorisation de travaux. Elle est délivrée au nom de l'État par le maire, ou par le préfet lorsque celui-ci est compétent pour le permis de construire. Le dossier se dépose en mairie avec le formulaire Cerfa 13824.
Les règles de sécurité contre l'incendie et les règles d'accessibilité s'appliquent à tout établissement recevant du public, quelle que soit sa catégorie. Aucune surface, aucune activité n'en dispense. Ce qui a changé récemment, c'est la manière dont l'administration les vérifie.
Depuis le 21 novembre 2025, pour un établissement de 5e catégorie ne comportant pas de locaux d'hébergement pour le public, la demande d'autorisation de travaux au titre de l'incendie n'est plus exigée. Le code de la construction prévoit à la place qu'une description succincte des travaux envisagés soit communiquée pour information à l'autorité de police. L'autorisation reste due au titre de l'accessibilité, avec son dossier complet. Avant cette date, les deux volets étaient instruits ensemble, et la plupart des documents en circulation décrivent encore cet état du droit.
La nuance compte, et elle se retourne vite. La règle de fond n'a pas bougé : l'établissement doit être conforme au règlement de sécurité, et c'est la notice de sécurité qui le démontre. Le changement porte sur l'instruction, pas sur l'obligation. Le texte étant récent, il vaut de vérifier commune par commune la pratique du service instructeur avant de constituer un dossier allégé.
Reprendre un local déjà commercial ne dispense de rien. Un changement d'enseigne assorti d'un réaménagement intérieur déclenche la procédure, même sans toucher à la façade, et même si l'activité reste la même. Le réaménagement déplace les circulations, modifie les dégagements et change souvent l'effectif admissible : il appelle une nouvelle instruction.
L'articulation avec l'urbanisme est la source d'erreur la plus fréquente. Seul le permis de construire tient lieu d'autorisation de travaux : quand un permis est nécessaire, le dossier de sécurité et d'accessibilité lui est joint et l'on ne dépose qu'une demande. Une déclaration préalable ne vaut pas autorisation de travaux. Un projet qui relève de la déclaration préalable, ce qui est le cas courant en agencement, suppose donc deux dossiers menés en parallèle.
Sur le recours obligatoire à l'architecte, la dispense des 150 m² souvent citée ne concerne que la personne physique qui fait construire pour elle-même. Lorsque le maître d'ouvrage est une personne morale, société, SCI ou association, cette dispense ne s'applique pas et le recours à un architecte est en principe obligatoire dès qu'un permis de construire est nécessaire, sous réserve des exceptions prévues par le Code de l'urbanisme, notamment pour les travaux portant exclusivement sur l'aménagement et l'équipement des espaces intérieurs ou sur les vitrines commerciales.
La procédure elle-même, ses pièces et son instruction sont détaillées dans notre guide de l'autorisation de travaux ERP. La présente page traite ce qui est propre au commerce.
Le calendrier réel, du bail à l'ouverture
Un exploitant raisonne en mois de loyer. La question qu'il pose n'est pas « quel formulaire », mais « quand puis-je ouvrir ». Voici le déroulé tel qu'il se produit, franchise de loyer comprise.
Étape 1 Qualifier le local, avant de signer
Relevé de l'existant, classement en type et en catégorie, calcul de l'effectif, examen des dégagements existants et de leur largeur réelle. Comptez deux à trois semaines. C'est l'étape la plus rentable du projet : elle dit si le local peut accueillir l'activité envisagée, et à quel prix. Menée avant la signature du bail, elle sert d'argument de négociation sur la franchise.
Étape 2 Concevoir avec la contrainte
Les largeurs de passage, les sens d'ouverture des portes, les surfaces de manœuvre et les dégagements sont des données de plan, pas des vérifications finales. Les intégrer au moment de la conception évite de reprendre un agencement entier au stade du dépôt. Comptez trois à quatre semaines pour le plan et les deux notices.
Étape 3 Déposer, en une ou deux instructions
L'autorisation de travaux s'instruit en quatre mois à compter du dépôt du dossier. À défaut de décision expresse notifiée dans ce délai, l'autorisation est considérée comme accordée. Si la devanture est modifiée, la déclaration préalable court en parallèle, avec un délai de droit commun d'un mois, majoré d'un mois lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou aux abords d'un monument historique. À Paris, cette majoration est fréquente.
Étape 4 Travaux, puis autorisation d'ouverture
L'autorisation de travaux permet de faire les travaux, pas de recevoir du public. L'ouverture est subordonnée à une autorisation d'ouverture distincte, que l'exploitant demande au maire ; celui-ci l'accorde par arrêté. Aucun texte ne fixe de délai de dépôt : le calendrier se cale sur la disponibilité de la commission compétente, ce qui invite à déposer largement en amont de la date d'ouverture visée.
De la qualification du local à l'arrêté d'ouverture, un projet d'agencement mené sans incident occupe donc huit à dix mois, dont quatre d'instruction pure. Les dossiers qui dérapent ne dérapent presque jamais pendant les travaux : ils dérapent parce que le dossier déposé était incomplet, et que le délai de quatre mois ne commence à courir qu'à réception d'un dossier complet.
Calculer l'effectif : le point qui décide de tout
L'effectif admissible est le nombre de personnes que l'établissement peut recevoir. Il n'est pas choisi par l'exploitant : il se calcule, selon une règle propre à chaque activité que détaille notre guide du classement des ERP. De lui découlent la catégorie de l'établissement, le nombre de dégagements exigés, leur largeur, et parfois l'obligation d'un ascenseur. Un effectif mal établi fait basculer un dossier entier.
Le personnel compte-t-il ?
La réponse dépend de ce que l'on calcule. Pour vérifier qu'un établissement reste en 5e catégorie, le personnel n'est pas pris en compte, même s'il ne dispose pas de dégagements indépendants. Pour dimensionner les dégagements de ce même établissement, il l'est, dès lors qu'il ne possède pas ses propres issues. À l'inverse, dans le premier groupe, la catégorie se détermine d'après l'effectif du public et du personnel.
La densité applicable aux magasins
Pour les magasins de vente, le règlement fixe une densité par niveau, appliquée à la surface de vente. Aucune fraction de surface n'intervient.
| Niveau ou configuration | Densité |
|---|---|
| Sous-sol, rez-de-chaussée et 1er étage | 1 personne pour 3 m² |
| 2e étage | 1 personne pour 6 m² |
| Étages supérieurs | 1 personne pour 15 m² |
| Boutique de moins de 300 m² dans un centre commercial | 1 personne pour 6 m², quel que soit le niveau |
| Mail de centre commercial | 1 personne pour 5 m² de la surface totale |
| Magasin de vente à faible densité de public | 1 personne pour 9 m², quel que soit le niveau |
| Magasin réservé aux professionnels | déclaration contrôlée du chef d'établissement |
Article M 2 de l'arrêté du 25 juin 1980, version en vigueur depuis le 1er décembre 2017. Le règlement ne définit ni la « surface de vente » ni les « magasins de vente à faible densité de public » : ces deux notions se justifient au cas par cas dans la notice de sécurité. Une diminution de densité peut par ailleurs être demandée, mais elle n'est autorisée qu'après avis de la commission de sécurité, sur demande justifiée.
La règle propre aux petites boutiques, et sa condition oubliée
En 5e catégorie, l'effectif se calcule en principe suivant le mode propre à chaque activité. Une règle particulière existe pourtant pour les boutiques : l'effectif est calculé sur la base d'une personne par mètre carré sur le tiers de la surface des locaux accessibles au public.
Cette règle est soumise à trois conditions cumulatives, que la plupart des pages consacrées au sujet passent sous silence. La boutique doit être à rez-de-chaussée. Sa surface doit être inférieure à 500 m². Et toutes ses circulations principales doivent mesurer au moins 1,80 m de largeur.
⚠️ Conséquence directe : dès qu'un niveau en sous-sol reçoit du public, cette règle ne s'applique plus. Le texte vise les boutiques à rez-de-chaussée. Un commerce qui ouvre son sous-sol à la clientèle revient au mode de calcul propre à son activité.
Ce qui change n'est pas la densité, c'est l'assiette. Une personne par mètre carré sur le tiers de la surface revient arithmétiquement à une personne pour 3 m², soit exactement la densité du rez-de-chaussée pour un magasin de vente. La différence porte sur la surface à laquelle on applique cette densité : les « locaux accessibles au public » dans un cas, la « surface de vente » dans l'autre. C'est une nuance de vocabulaire, et c'est elle qui déplace l'effectif.
Cette assiette est ce qui se discute réellement avec le service instructeur. Le règlement ne définit pas la « surface de vente ». Pour une activité de service, un salon ou un institut par exemple, où la vente de produits n'occupe qu'un linéaire, la démonstration se construit dans la notice de sécurité et s'argumente. C'est le cœur du travail, et ce qui distingue un dossier accepté d'un dossier renvoyé.
Le seuil qui fait sortir de la 5e catégorie
Un magasin quitte la 5e catégorie et entre dans le premier groupe dès que l'effectif du public atteint 100 personnes en sous-sol, ou 100 personnes en étages, ou 200 personnes au total. Le basculement n'est pas administratif : il fait sortir du régime allégé de la 5e catégorie, et les dégagements se calculent alors en unités de passage et non plus en mètres. Sur un local proche du seuil, quelques mètres carrés ouverts au public coûtent très cher.
Dégagements, largeurs et unités de passage
Un dégagement est une issue, un couloir, un escalier ou une porte qui permet d'évacuer. Sa largeur ne se mesure pas au bon sens : elle se calcule à partir de l'effectif.
Le règlement général raisonne en unités de passage. Une unité de passage vaut 0,60 m. Mais quand un dégagement ne comporte qu'une ou deux unités, la largeur est portée respectivement à 0,90 m et à 1,40 m. C'est une correction, pas un arrondi : deux unités de passage ne font pas 1,20 m mais 1,40 m.
La 5e catégorie ne raisonne pas en unités de passage, mais directement en mètres. C'est une confusion courante, y compris dans des dossiers montés par des professionnels.
| Effectif | Dégagements exigibles |
|---|---|
| Moins de 20 personnes | 1 dégagement de 0,90 m |
| 20 à 50 personnes | soit 1 dégagement de 1,40 m débouchant directement sur l'extérieur, si le public n'a jamais plus de 25 m à parcourir ; soit 2 dégagements, l'un de 0,90 m, l'autre de 0,60 m ou accessoire |
| 51 à 100 personnes | soit 2 dégagements de 0,90 m ; soit 1 de 1,40 m complété par 1 de 0,60 m ou accessoire |
| 101 à 200 personnes | 1 dégagement de 1,40 m et 1 de 0,90 m |
| 201 à 300 personnes | 2 dégagements de 1,40 m |
Article PE 11 § 3 de l'arrêté du 25 juin 1980.
Une tolérance est propre à l'existant, et elle sauve beaucoup de projets parisiens : en rénovation ou en aménagement d'un établissement dans un immeuble existant, la largeur de 0,90 m peut être ramenée à 0,80 m. Cette tolérance ne se devine pas sur un plan, elle se justifie dans la notice.
Deux autres règles de la 5e catégorie gouvernent l'agencement d'un commerce. Les culs-de-sac sont limités à 10 m, ce qui interdit certaines implantations de cabines ou de réserves en fond de local. Les portes ouvrent dans le sens de l'évacuation au-delà de 50 personnes, contrainte à arbitrer très tôt quand la porte donne sur un trottoir étroit.
Hors 5e catégorie, une règle supplémentaire s'ajoute : pour dimensionner un escalier, on cumule l'effectif du niveau desservi avec celui des niveaux situés au-dessus, ou en dessous pour un sous-sol. C'est l'une des raisons pour lesquelles le basculement dans le premier groupe alourdit fortement un projet sur deux niveaux.
Exploiter un sous-sol recevant du public
À Paris, la surface manque au rez-de-chaussée et abonde en dessous. Ouvrir le sous-sol au public est donc la première idée de tout exploitant, et c'est aussi la décision la plus lourde du projet : elle change à la fois le calcul de l'effectif, le dimensionnement des dégagements et le poste technique le plus coûteux du chantier.
Ce qui compte comme sous-sol
Un niveau est en sous-sol si la sous-face de son plancher haut se trouve à moins d'un mètre au-dessus du niveau moyen des seuils des issues, ou si son plancher bas est à plus d'un mètre en contrebas de ce niveau. Un demi-niveau en contrebas de trois marches peut donc relever du régime du sous-sol, avec toutes ses conséquences.
Trois règles qui bornent le projet
Un seul niveau de sous-sol peut être rendu accessible au public, et son point le plus bas ne peut se trouver à plus de 6 m sous le niveau moyen des seuils extérieurs.
Lorsque le point le plus bas accessible au public se trouve à plus de 2 m en contrebas et que le niveau reçoit plus de 100 personnes, l'effectif servant au calcul des dégagements est arrondi à la centaine supérieure, puis majoré de 10 % par mètre ou fraction de mètre au-delà de 2 m. Cette majoration ne joue que pour les dégagements, pas pour déterminer la catégorie.
Au-delà de 100 m² en sous-sol, le local doit être désenfumé, avec une surface utile d'évacuation des fumées au moins égale au 1/200 de la superficie au sol. Dans un immeuble haussmannien, c'est le poste qui décide de la faisabilité économique : il faut trouver un tracé de conduits jusqu'à l'extérieur, et ce tracé traverse en général des parties communes.
La question des escaliers
Les escaliers qui desservent les étages doivent être dissociés, au niveau d'évacuation, de ceux qui desservent les sous-sols. La règle vise à ne pas conduire vers le bas une personne qui évacue. Dans un local sur deux niveaux, rez-de-chaussée et sous-sol, elle ne pose pas de difficulté ; dès qu'un étage s'ajoute, elle contraint fortement le plan.
L'accessibilité d'un sous-sol : la question qui inquiète à tort
Un exploitant renonce souvent à son sous-sol en croyant devoir y installer un ascenseur. Le raisonnement mérite d'être repris.
Pour un établissement de 5e catégorie situé dans un cadre bâti existant, la réglementation admet qu'une partie du bâtiment assure l'accessibilité à l'ensemble des prestations pour lesquelles l'établissement est conçu, certaines d'entre elles pouvant être fournies par des mesures de substitution. Cette partie doit être la plus proche possible de l'entrée principale et desservie par un cheminement usuel.
Autrement dit : dans un local existant de 5e catégorie, un sous-sol n'a pas à être rendu accessible, à condition que l'ensemble des prestations qui y sont délivrées le soient aussi dans une partie accessible du local. Une prestation offerte au sous-sol et nulle part ailleurs ferme cette porte. C'est un arbitrage de programme, pas une question technique, et il se prend au moment du plan.
Hors 5e catégorie, la règle s'inverse : tous les niveaux recevant du public doivent être accessibles, sauf dérogation. Quant à l'ascenseur, il devient obligatoire dès que l'effectif admis aux étages supérieurs ou inférieurs atteint 50 personnes, et en deçà de ce seuil lorsque certaines prestations ne peuvent être offertes au rez-de-chaussée.
Modifier la devanture : deux dossiers, pas un
Changer une devanture est l'acte le plus visible d'une reprise de commerce, et le plus mal instruit. Deux régimes s'appliquent simultanément, et ils ne se remplacent pas.
Au titre de l'urbanisme, les travaux qui ont pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant relèvent d'une déclaration préalable. Au titre de la sécurité et de l'accessibilité, les travaux de création, d'aménagement ou de modification d'un établissement recevant du public supposent une autorisation de travaux.
⚠️ Seul le permis de construire tient lieu d'autorisation de travaux. Une déclaration préalable n'en tient pas lieu. Une devanture modifiée dans un local recevant du public appelle donc deux dossiers et deux décisions distinctes, avec deux délais qui courent en parallèle. Déposer la seule déclaration préalable et commencer les travaux est une irrégularité fréquente.
À Paris, deux couches s'ajoutent. Le règlement local de publicité encadre les enseignes commune par commune. Et lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou aux abords d'un monument historique, le délai d'instruction de la déclaration préalable est majoré d'un mois, ce qui le porte à deux.
La conséquence pratique est de calendrier. Une devanture arbitrée tardivement décale l'ensemble du projet, car son instruction ne commence qu'au dépôt, et le chantier de façade est en général le dernier lot. Le dessin de devanture se traite au même moment que le plan d'aménagement, pas après.
L'accessibilité dans un local existant
Les valeurs applicables à un établissement installé dans un cadre bâti existant ne sont pas celles du neuf. La confusion la plus répandue porte sur la porte d'entrée.
| Point | Valeur dans l'existant |
|---|---|
| Porte principale, local de moins de 100 personnes | 0,80 m nominal, 0,77 m de passage utile |
| Porte principale, local de 100 personnes ou plus | 1,20 m de passage utile |
| Ressaut | 2 cm, porté à 4 cm si la pente n'excède pas 33 % ; bord arrondi ou chanfreiné ; 2,50 m au minimum entre deux ressauts |
| Plan incliné | 6 % ; tolérance à 10 % sur 2 m, à 12 % sur 0,50 m ; palier de repos tous les 10 m au-delà de 5 % |
Arrêté du 8 décembre 2014, établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant.
0,80 m est la valeur de l'existant, non 0,90 m qui est celle du neuf. Sur une devanture parisienne où chaque centimètre de vitrine compte, l'écart change le dessin.
Lorsque la mise en conformité se heurte à un obstacle réel, une dérogation peut être accordée par le préfet, sur quatre motifs : l'impossibilité technique résultant de l'environnement du bâtiment, les contraintes liées à la conservation du patrimoine architectural, la disproportion manifeste entre les améliorations apportées et leurs coûts, leurs effets sur l'usage du bâtiment ou la viabilité de l'exploitation, et enfin l'opposition de l'assemblée générale des copropriétaires d'un immeuble à usage principal d'habitation. La demande se transmet au préfet et se motive point par point.
⚠️ Le silence ne joue pas dans le même sens selon la catégorie. Pour un établissement de 3e, 4e ou 5e catégorie, l'absence de réponse du préfet dans le délai qui lui est imparti vaut dérogation accordée. En revanche, lorsque le préfet refuse la dérogation, l'absence de décision sur l'autorisation de travaux au terme des quatre mois vaut rejet, et non accord tacite. Le calendrier de l'exploitant doit en tenir compte.
Cas pratique : un salon de 200 m² à Paris 6e
Un projet de restauration met en jeu les mêmes mécanismes d'effectif, de dégagements et de devanture, avec l'extraction en plus : notre page architecte de restaurant les traite depuis la conception de la salle et de la cuisine.
En 2024, TBA Architecture a mené la rénovation complète de Platinium Paris 6, salon de coiffure de 200 m² installé au 59 boulevard Raspail, dans le 6e arrondissement. L'établissement relève du type M, celui des magasins de vente.
Le local occupait un rez-de-chaussée et un sous-sol, mais le sous-sol ne recevait pas de public : il servait de réserve. Le programme demandait d'y installer un espace de soin, donc d'ouvrir ce niveau à la clientèle. Cette seule décision change le régime du dossier.
Elle fait d'abord tomber la règle de calcul propre aux boutiques, qui suppose un établissement à rez-de-chaussée. Elle fait ensuite entrer le projet dans le régime du sous-sol recevant du public : niveau unique, profondeur bornée, désenfumage au-delà de 100 m², et dimensionnement des dégagements tenant compte du niveau inférieur. Elle pose enfin la question de l'accessibilité du niveau bas, qui se résout par le programme : les prestations délivrées au sous-sol devaient aussi pouvoir l'être dans la partie accessible du salon.
La liaison entre les deux niveaux a été traitée par un escalier hélicoïdal, dessiné pour tenir dans l'emprise disponible sans amputer la surface de travail du rez-de-chaussée. Sa position, sa largeur et son débouché au niveau d'évacuation relèvent directement des règles de dégagement exposées plus haut : c'est un ouvrage de sécurité autant qu'un élément d'architecture.
La devanture a été modifiée. Elle a donc appelé, en plus de l'autorisation de travaux, une déclaration préalable au titre de l'aspect extérieur : deux instructions, deux décisions, menées en parallèle.
Ce projet résume ce qui distingue un local commercial d'un logement : la contrainte réglementaire n'arrive pas après le plan, elle le fabrique. Le sous-sol, l'escalier et la devanture ne sont pas trois sujets techniques indépendants, ce sont trois conséquences d'une même décision de programme.
TBA Architecture monte plus de trente dossiers d'autorisation de travaux ERP par an, pour des commerces, des cabinets médicaux et dentaires, des locaux de loisirs et des établissements de soins ; notre page architecte ERP présente l'ensemble du pôle.
Repères réglementaires
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Autorité qui délivre l'autorisation de travaux | le maire, au nom de l'État · le préfet s'il est compétent pour le permis de construire ou pour un immeuble de grande hauteur | CCH art. R122-7 I |
| Pièces du dossier, lorsque l'autorisation est exigée | un dossier accessibilité et un dossier sécurité, en trois exemplaires chacun | CCH art. R122-11, D122-12, R122-13 et R143-22 |
| ERP de 5e catégorie sans locaux d'hébergement, depuis le 21 novembre 2025 | demande d'autorisation non exigée au titre de l'incendie · une description succincte des travaux est communiquée pour information à l'autorité de police · l'autorisation reste due au titre de l'accessibilité | CCH art. R122-7 II, créé par le décret n° 2025-1100 du 19 novembre 2025 |
| Instruction de l'autorisation de travaux | 4 mois à compter du dépôt du dossier | CCH art. R122-16 |
| Silence de l'administration au terme du délai | l'autorisation est considérée comme accordée · mais vaut rejet lorsque le préfet a refusé une dérogation d'accessibilité | CCH art. R122-21 et R*122-17 |
| Silence du préfet sur une demande de dérogation, 3e à 5e catégorie | la dérogation est réputée accordée | CCH art. R122-18 II |
| Formulaire d'autorisation de travaux | Cerfa 13824 | arrêté du 15 décembre 2014 |
| Instruction d'une déclaration préalable | 1 mois, porté à 2 mois aux abords d'un monument historique ou en site patrimonial remarquable | C. urbanisme art. R*423-23 et R.423-24 |
| Effectif, magasins de vente | 1 personne pour 3 m² en sous-sol, au rez-de-chaussée et au 1er étage · 1 pour 6 m² au 2e étage · 1 pour 15 m² au-dessus | arrêté du 25 juin 1980, art. M 2 |
| Effectif, boutique de 5e catégorie à rez-de-chaussée | 1 personne par m² sur le tiers de la surface accessible au public, si moins de 500 m² et circulations principales toutes à 1,80 m | art. PE 3 § 3 |
| Sortie de la 5e catégorie, type M | 100 personnes en sous-sol, 100 en étages, ou 200 au total | art. M 1 et tableau PE 2 |
| Unité de passage | 0,60 m · 0,90 m pour une seule unité · 1,40 m pour deux | art. CO 36 |
| Dégagements en 5e catégorie | exprimés en mètres, non en unités de passage · tolérance 0,90 → 0,80 m dans l'existant | art. PE 11 § 3 |
| Sous-sol accessible au public | un seul niveau, point le plus bas à 6 m au maximum sous le niveau moyen des seuils | art. CO 40 |
| Désenfumage d'un local en sous-sol | obligatoire au-delà de 100 m² | art. PE 14 § 1 et DF 7 |
| Surface d'évacuation des fumées exigée | surface utile au moins égale au 1/200 de la superficie au sol | art. PE 14 § 1 |
| Porte principale, existant, moins de 100 personnes | 0,80 m nominal, 0,77 m de passage utile | arrêté du 8 décembre 2014 |
| Ascenseur | obligatoire dès que l'effectif admis aux étages supérieurs ou inférieurs atteint 50 personnes · et en deçà de ce seuil lorsque certaines prestations ne peuvent être offertes au rez-de-chaussée | arrêté du 8 décembre 2014, art. 7 |
| Autorisation d'ouverture au public | décision distincte de l'autorisation de travaux · demandée au maire, qui autorise par arrêté | CCH art. L122-5, R122-5 et R143-38 |
| Architecte (maître d'ouvrage personne morale) | la dispense des 150 m² ne s'applique pas : en principe obligatoire dès qu'un permis de construire est nécessaire | C. urbanisme art. L.431-3 et R*431-2 |
Chaque valeur de ce tableau a été relevée sur Légifrance en août 2026, dans la version de l'article en vigueur à cette date. Les règles locales de sécurité et d'accessibilité peuvent être précisées par arrêté préfectoral, et le règlement local de publicité encadre les enseignes commune par commune. Deux textes sont à surveiller : la loi du 26 mai 2026 prévoit de remplacer l'autorisation de travaux par une déclaration de conformité pour certains établissements de moins de 300 m², mais son décret d'application n'est pas paru ; l'arrêté du 19 février 2026 modifie plusieurs articles relatifs aux escaliers à compter du 1er juin 2027.
À retenir
- Tout aménagement d'un commerce est soumis à autorisation de travaux, y compris la reprise d'un local déjà commercial.
- Une déclaration préalable ne vaut pas autorisation de travaux : une devanture modifiée appelle deux dossiers et deux décisions.
- L'effectif commande la catégorie, le nombre de dégagements et leur largeur. Il se calcule, il ne se déclare pas.
- La règle du tiers de la surface ne vaut que pour une boutique à rez-de-chaussée, de moins de 500 m², dont toutes les circulations principales atteignent 1,80 m.
- Ouvrir un sous-sol au public change le régime du dossier : niveau unique, 6 m de profondeur maximale, désenfumage au-delà de 100 m².
- Dans un local existant de 5e catégorie, un sous-sol peut ne pas être rendu accessible si les mêmes prestations sont délivrées dans une partie accessible du local.
- Dans l'existant, la porte principale d'un local de moins de 100 personnes mesure 0,80 m, et non 0,90 m.
- Pour une personne morale, la dispense des 150 m² ne s'applique pas : dès qu'un permis de construire est requis, le recours à un architecte est en principe obligatoire.
Questions fréquentes
Faut-il un architecte pour aménager un commerce ?
La réglementation des établissements recevant du public ne l'impose pas par elle-même. L'obligation vient du Code de l'urbanisme : lorsque les travaux nécessitent un permis de construire et que le maître d'ouvrage est une personne morale, société, SCI ou association, la dispense des 150 m² ne s'applique pas et le recours à un architecte est en principe obligatoire. Les travaux portant exclusivement sur l'aménagement et l'équipement des espaces intérieurs ou sur les vitrines commerciales en sont dispensés. En pratique, l'intérêt d'un architecte sur ce type de dossier tient surtout au calcul de l'effectif et au dimensionnement des dégagements, qui déterminent l'agencement lui-même.
Quelle autorisation pour modifier la devanture d'un commerce ?
Deux, et elles ne se remplacent pas. La modification de l'aspect extérieur relève d'une déclaration préalable, instruite en un mois, porté à deux mois aux abords d'un monument historique ou en site patrimonial remarquable. Les travaux sur le local recevant du public relèvent d'une autorisation de travaux, instruite en quatre mois. Seul un permis de construire tient lieu d'autorisation de travaux ; une déclaration préalable n'en tient pas lieu.
Peut-on ouvrir le sous-sol d'un commerce au public ?
Oui, sous conditions. Un seul niveau de sous-sol peut être accessible au public, et son point le plus bas ne peut excéder 6 m sous le niveau moyen des seuils extérieurs. Au-delà de 100 m², le local doit être désenfumé, avec une surface utile d'évacuation des fumées d'au moins 1/200 de la superficie au sol. Enfin, ouvrir le sous-sol au public écarte la règle de calcul réservée aux boutiques à rez-de-chaussée et modifie l'assiette de l'effectif.
Comment calcule-t-on l'effectif d'un commerce ?
Pour les magasins de vente, le règlement applique une densité à la surface de vente : une personne pour 3 m² au sous-sol, au rez-de-chaussée et au 1er étage, une pour 6 m² au 2e étage, une pour 15 m² au-dessus. En 5e catégorie, une règle particulière permet de calculer sur la base d'une personne par mètre carré sur le tiers de la surface accessible au public, mais seulement pour une boutique à rez-de-chaussée de moins de 500 m² dont toutes les circulations principales atteignent 1,80 m.
Un ascenseur est-il obligatoire dans un commerce sur deux niveaux ?
Un ascenseur devient obligatoire dès que l'effectif admis aux étages supérieurs ou inférieurs atteint cinquante personnes, ou en deçà lorsque certaines prestations ne peuvent être offertes au rez-de-chaussée. Pour un établissement de 5e catégorie situé dans un cadre bâti existant, la réglementation admet par ailleurs que l'accessibilité soit assurée sur une partie du local, à condition que l'ensemble des prestations y soient également délivrées.
Combien de temps faut-il pour ouvrir un commerce après la signature du bail ?
Comptez huit à dix mois pour un projet sans incident : deux à trois semaines pour qualifier le local, trois à quatre semaines pour le plan et les notices, quatre mois d'instruction de l'autorisation de travaux, puis les travaux, puis la demande d'autorisation d'ouverture adressée au maire. Le délai d'instruction court à compter du dépôt du dossier : une pièce manquante le fait repartir, et c'est la première cause de retard.
Vous aménagez un commerce ?
Nous qualifions le local avant la signature du bail, concevons l'agencement avec la contrainte réglementaire, montons le dossier et suivons l'instruction jusqu'à l'autorisation d'ouverture.